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1986 — 2026

Quarante ans de vent, de passion et d’amitié

L’histoire du Windsurf Club de Rolle, racontée depuis l’intérieur : le grand peuplier, les longues attentes du vent, les routes du sud, la cabane, les années du doute et la nouvelle génération de glisse.

huit chapitres environ 15 minutes de lecture d’après les archives du club
01

Ouverture

Certaines associations naissent autour d’une activité sportive. D’autres deviennent, presque sans que leurs membres s’en aperçoivent, de véritables lieux de vie. Le Windsurf Club de Rolle est né autour de la planche à voile, mais il appartient incontestablement à cette seconde catégorie.

Lorsqu’il est fondé en 1986, la planche à voile connaît encore les premières années de son formidable essor. Ce sport, inventé à peine une quinzaine d’années plus tôt, symbolise alors la liberté, le vent et les grands espaces. Sur les rives du Léman, les voiles multicolores se multiplient, et une poignée de passionnés locaux décide qu’il est temps de créer un lieu où partager cette nouvelle passion.

Personne n’imagine alors que cette initiative traversera les décennies.

Quarante ans plus tard, le club est toujours là. Il a vu évoluer le matériel, apparaître le funboard, le slalom, le freestyle, le kite, le paddle puis le wingfoil. Il a vu des enfants devenir adultes, puis revenir un jour avec leurs propres enfants. Il a connu des périodes d’une activité débordante, des moments plus calmes, quelques doutes aussi, sans jamais perdre ce qui faisait son identité — car le Windsurf Club de Rolle n’a jamais été uniquement un club de planche à voile.

Il était devenu un lieu où l’on se retrouvait autant pour naviguer que pour partager un repas, préparer une sortie, réparer un bateau, raconter les aventures du week-end précédent ou simplement contempler le Léman en attendant que le vent décide enfin de souffler.

Les archives du club parlent bien sûr de compétitions, de voyages, de régates, de matériel et d’assemblées générales. Pourtant, lorsqu’on échange aujourd’hui avec les anciens membres, ce ne sont pas ces souvenirs qui reviennent en premier. Ils parlent du grand peuplier qui dominait autrefois la plage, des longues soirées passées au camping sur les rives du lac de Garde, des départs improvisés pour le lac de Monteynard, la Toscane ou le sud de la France, des broches préparées devant la cabane, des journées entières à attendre une risée… et surtout des amitiés qui se sont construites au fil des années.

Comme toutes les belles histoires associatives, celle du Windsurf Club de Rolle est faite d’enthousiasmes, de remises en question, de réussites, parfois de déceptions, mais toujours d’un profond attachement à un lieu et aux personnes qui l’ont fait vivre.

Ces quelques pages n’ont pas la prétention de raconter chaque événement ni de citer tous ceux qui ont contribué à cette aventure. Elles cherchent simplement à retrouver l’esprit qui animait le club depuis ses origines : celui d’une communauté de passionnés convaincus que les plus beaux souvenirs ne naissent pas toujours des plus belles journées de vent, mais bien souvent des moments que l’on partage ensemble.

02

Les pionniers, le grand peuplier et les premiers rêves

Lorsque le Windsurf Club de Rolle voit officiellement le jour en 1986, rien ne laisse présager l’histoire qui va s’écrire durant les quarante années suivantes.

Quelques passionnés de planche à voile — parmi lesquels Jean-Charles Aubert, Lucienne et André De Morsier, ainsi que plusieurs amis — partagent alors une même envie : créer un lieu où les véliplanchistes de la région pourraient se retrouver. À cette époque, la planche à voile est un sport en pleine expansion. Les nouvelles planches arrivent chaque année, les voiles deviennent toujours plus performantes, et chacun a le sentiment de participer à une aventure encore toute récente. Il y avait même des inventeurs de matériel de windsurf, comme le papa de notre membre Ève Ballenegger.

Le site choisi est déjà celui que les membres connaissent aujourd’hui. Pourtant, le visage qui m’en est resté en mémoire est bien différent. Là où s’élève désormais la cabane du club, une haie de charmilles en dessinait les contours et, en son centre, un immense peuplier dominait ce coin de plage. Cet arbre deviendra rapidement bien davantage qu’un simple élément du paysage. Pendant de nombreuses années, il a accueilli sous son ombre bienveillante le point de rencontre naturel où l’on se retrouvait avant de naviguer, où l’on discutait après une session, et où l’on attendait — parfois pendant des heures — que le vent veuille bien se lever.

Les installations étaient modestes, presque rudimentaires. Les premiers locaux se résumaient à quelques anciennes armoires métalliques Lista, dans lesquelles chacun rangeait soigneusement son petit matériel. Cette simplicité faisait partie du charme des débuts. Le club se construit peu à peu, sans grands moyens, mais avec une énergie remarquable.

Très rapidement, les membres décidèrent de fabriquer eux-mêmes ou de se procurer ce dont ils avaient besoin. Des râteliers métalliques apparurent pour accueillir les planches, des porte-voiles furent imaginés et créés afin d’optimiser le rangement, et chacun mit ses compétences au service de la collectivité. Les uns soudent, d’autres découpent, peignent ou assemblent — enfin, surtout Mike Hochreutener, président de cette époque et soudeur professionnel. Les journées de bricolage étaient autant d’occasions de partager un repas que de faire avancer les petits projets.

Avec le recul, cette manière de fonctionner ne changera jamais vraiment. Pendant quarante ans, le Windsurf Club de Rolle ne sera pas seulement un endroit où l’on pratique un sport ; il restera un lieu construit par ses membres, entretenu par eux et façonné par leur engagement bénévole — avec des résultats divers selon les époques.

Le club n’a jamais appartenu à un président, à un comité ou à une génération particulière. Il a toujours appartenu à celles et ceux qui acceptaient de consacrer un peu de leur temps pour que cette belle aventure continue.

03

Le temps où l’on attendait le vent

Aujourd’hui, quelques secondes suffisent pour consulter une prévision météorologique d’une précision remarquable. Un téléphone portable indique presque à la minute près l’arrivée de la bise, la force du vent ou la hauteur des vagues.

À la fin des années 1980 et durant toute la décennie 1990, les choses se vivaient autrement. On chargeait la planche sur le toit de la voiture avec un mélange d’espoir et d’optimisme, puis on descendait à la plage sans véritable certitude, convaincu qu’il finirait bien par souffler — après avoir consulté le fax de MétéoSuisse, pour ceux qui l’avaient.

Une fois arrivés au club, on se retrouvait sous le grand peuplier, ou à la table qui l’a ensuite remplacé. Les planches étaient déposées dans l’herbe, les voiles demeuraient encore soigneusement roulées, et tous les regards se tournaient vers le lac. On observait les montagnes, le mouvement des feuilles dans les arbres, les quelques rides qui apparaissaient parfois à la surface de l’eau, cherchant le moindre signe annonciateur de l’arrivée du vent.

Le temps semblait alors s’écouler différemment : on parlait du nouveau matériel aperçu dans les magazines spécialisés, du passage chez Snowind vers Carlos, des vacances que l’on préparait déjà, des prochaines sorties du club ou simplement de la vie quotidienne. Les plus expérimentés partageaient volontiers leurs conseils avec les nouveaux venus, tandis que d’autres racontaient les mémorables journées de bornan ou les grandes bises qui avaient laissé tant de souvenirs. Sans que personne ne s’en rende véritablement compte, ces longues attentes étaient en train de devenir l’une des plus belles traditions du club.

Puis venait cet instant que tous espéraient. On apercevait soudain au loin une bande d’eau plus sombre qui traversait lentement le Léman. Une première risée faisait frissonner la surface du lac, bientôt suivie d’une seconde. L’atmosphère changeait immédiatement. En quelques minutes à peine, la plage s’animait. Les voiles étaient gréées avec une étonnante rapidité, les mâts glissaient dans leurs fourreaux, les wishbones étaient à peine verrouillés que Max ou Christian étaient déjà sur l’eau — l’un sur sa Windglider, l’autre sur la dernière Bic Rock’n’Roll de l’époque.

Lorsque le vent refusait finalement de s’établir, les planches restaient sagement sur les râteliers. On improvisait alors un repas devant la cabane, on partageait quelques boissons, on riait beaucoup, et l’on se promettait déjà de revenir le week-end suivant ou au prochain coup de vent annoncé au téléjournal.

Avec le recul, beaucoup d’anciens membres relèvent que ces journées comptent parmi leurs plus beaux souvenirs. Non pas parce qu’elles furent les plus ventées ou les plus sportives, mais parce qu’elles ont permis de tisser des liens d’amitié qui, pour certains, durent encore aujourd’hui.

Le vent, finalement, n’était jamais le seul véritable objectif : il était le ciment et le prétexte qui rassemblaient une bande de passionnés au bord du Léman.

Et c’est sans doute là que s’est forgée, bien avant les compétitions ou les grands voyages, l’âme du Windsurf Club de Rolle.

04

Les routes du vent

Très vite, nous avions compris que le Léman, aussi magnifique soit-il, n’offrait pas toujours les conditions de navigation dont nous rêvions. Le lac possède son caractère, ses humeurs, ses longues journées de calme plat, mais aussi ses brusques colères lorsque la bise ou le bornan décident enfin de souffler. Plutôt que de subir cette réalité, les membres choisirent de partir de plus en plus souvent à la rencontre du vent. C’est ainsi que commencèrent les premières grandes sorties du club.

Au début, les destinations restaient relativement proches. La Vallée de Joux fut rapidement un rendez-vous apprécié lorsque les conditions s’y prêtaient. Plus loin, le lac de Monteynard, avec ses vents thermiques réguliers, attira les passionnés en quête de longues journées de navigation. Puis vinrent Leucate, Beauduc, la presqu’île de Giens, la Toscane, le lac de Garde, Moulay au Maroc, Cabarete, ou encore Dahab, en Égypte. Chaque destination possède son caractère, ses habitudes, son climat et ses paysages, mais toutes offrent ce que les membres recherchent avant tout : du vent… et le plaisir de partager quelques jours ensemble. Les archives du club témoignent de ces nombreuses escapades, qui se succédèrent au fil des années.

Ces voyages commençaient souvent plusieurs semaines avant le départ. Chacun préparait son matériel avec soin, vérifiait ses voiles, démontait les ailerons, chargeait les planches sur les galeries des voitures. Les coffres débordaient de combinaisons, de wishbones et de sacs de couchage.

Le voyage faisait déjà partie de l’aventure. Puis venait l’installation au camping ou dans le mobil-home. Certaines fois, une véritable petite place de village prenait forme : on improvisait une cuisine commune, on sortait les tables, les chaises et les réchauds. Les repas se préparaient à plusieurs mains.

Lorsque le vent était au rendez-vous, on s’élançait tous sur l’eau, quel que soit le niveau de chacun. C’est un sport très individualiste — on est seul sur sa planche, et progresser demande une énergie, une passion intérieure à développer. Mais tous donnaient des conseils à qui voulait les écouter, et l’on prenait plaisir à transmettre nos expériences, conscients que chacun avait un jour commencé sur une vieille planche un peu lourde, incapable de remonter correctement au vent.

Mais il arrivait aussi que le vent ne vienne pas. On visitait la région, on découvrait les villages voisins — Fitou et les Corbières sont de bons souvenirs pour beaucoup —, on partageait un repas improvisé, ou l’on passait l’après-midi à discuter devant les tentes, à se baigner, à faire du vélo. Les archives évoquent d’ailleurs avec autant d’enthousiasme les apéritifs, les repas gargantuesques et les soirées passées ensemble que les conditions de navigation elles-mêmes.

Au fil des années, ces voyages ont marqué une époque et sont devenus une véritable tradition. Ils permettaient à de nombreuses personnes de se retrouver bien au-delà de la plage de Rolle. Beaucoup d’anciens membres en parlent encore aujourd’hui avec une émotion particulière. Au fil des rapports relus, les souvenirs se mélangent : une navigation exceptionnelle au lever du soleil, un repas partagé sous une tonnelle, un enfant qui fait ses premiers bords, une soirée où l’on refait le monde jusque tard dans la nuit en discutant de la rotondité de la Terre — tout y est. Finalement, le vent n’était souvent que le point de départ de ces aventures.

05

Une cabane, des bénévoles et une seconde maison

S’il est un élément qui symbolise mieux que tout autre l’histoire du Windsurf Club de Rolle, ce n’est peut-être ni une planche, ni une voile. C’est la cabane, et l’espace qui l’entoure.

Aujourd’hui encore, elle semble avoir toujours fait partie du paysage. Pourtant, elle est la pièce centrale offerte par la commune, puis aménagée au fil du temps par les membres du club.

Au fil des années, les râteliers sont agrandis, puis disparaissent au profit du loueur de pédalos et de la réduction de la taille du matériel ; les espaces de rangement sont réorganisés, les installations entretenues au gré des besoins. Chaque printemps, les journées de préparation de la saison réunissent les membres autour des mêmes gestes : nettoyer, réparer, repeindre, remplacer ce qui est usé par les années. Les procès-verbaux rappellent régulièrement ces rendez-vous devenus traditionnels, où la préparation de la cabane marque symboliquement le début d’une nouvelle saison.

À une époque où le club se développait rapidement, la commune de Rolle a accompagné cette évolution. Une rampe de mise à l’eau fut réalisée par ses soins afin de faciliter l’accès au lac — merci, sauf erreur, à M. Durrenmatt, alors municipal à Rolle. Ce qui est aujourd’hui un équipement utilisé quotidiennement par de nombreux pratiquants de sports nautiques avait été pensé, à l’origine, pour répondre aux besoins du Windsurf Club. Un vieux ponton fut réaménagé sur la plage, au service du loueur de pédalos et du club. Celui-ci y a amarré pendant plusieurs années son bateau de sécurité, indispensable pour accompagner les cours, rassurer les débutants et intervenir rapidement lorsqu’un navigateur rencontrait des difficultés.

Dans les années 2000, le bateau motorisé devient rapidement un compagnon de toutes les activités estivales. Il permet d’organiser des initiations, des Passeports Vacances et quelques cours destinés à faire découvrir la planche à voile au plus grand nombre. Plusieurs jeunes Rollois, et d’autres personnes des environs, effectuent ainsi leurs premiers bords grâce à l’encadrement de quelques bénévoles du club, toujours prêts à consacrer une partie de leur temps libre à transmettre leur passion. Ces actions ont été menées durant quelques années ; le succès n’étant pas suffisamment au rendez-vous, et le temps demandé aux membres engagés devenant conséquent, le club a ensuite redirigé les nouveaux intéressés vers les cours du surf shop de Préverenges, chez notre ami PYM.

Comme souvent dans la vie associative, les meilleurs souvenirs naissent parfois des imprévus. Un jour de très forte bise, le vent se déchaîna sur le Léman avec une violence inhabituelle. Le bateau, solidement amarré au ponton métallique, finit pourtant par rompre l’une de ses amarres et se retrouva projeté contre la structure. Lorsque les membres découvrirent les dégâts, l’embarcation était littéralement suspendue sur l’un des piliers du ponton.

Le bateau fut ramené au dépôt du président de l’époque — votre serviteur —, où plusieurs membres entreprirent sa réparation. Pendant plusieurs soirées, l’odeur caractéristique de la résine polyester envahit le local. On découpa la fibre de verre, on stratifia, on ponça, on recommença parfois lorsqu’un détail ne convenait pas. Les compétences se découvrirent et se complétèrent, et quelques semaines plus tard, le bateau reprit sa place sur le lac.

Dès ce moment, nous avons décidé de stocker le bateau sur la plage, et nous avons créé un socle en béton muni d’une boucle, qui permettait de le tirer hors de l’eau si besoin. De manière tacite, la place au ponton fut ensuite utilisée pour des pédalos supplémentaires, le loueur souhaitant agrandir son affaire.

Au fond, la cabane n’a jamais été seulement un local où l’on range des planches. Elle est devenue, pour certains, une seconde maison — et peut-être, sans que personne ne s’en rende vraiment compte, le cœur d’une petite communauté.

06

Les années du doute… et la force de rester ensemble

Toutes les associations traversent, un jour ou l’autre, une période où elles sont amenées à se poser des questions sur leur avenir. Le Windsurf Club de Rolle n’a pas échappé à cette réalité.

Au début des années 2000, le monde de la planche à voile évolue rapidement. Les fabricants proposent un matériel toujours plus performant, mais également plus compact et plus facile à transporter. De nombreux pratiquants n’ont désormais plus besoin d’un local pour entreposer leurs planches. Les habitudes changent, les familles disposent de moins de temps libre et l’offre de loisirs explose. Là où, quelques années auparavant, la planche à voile faisait figure de sport presque incontournable, elle doit désormais partager la place avec une multitude d’autres activités.

Le comité observe progressivement cette évolution. Les sorties attirent parfois moins de participants ; certaines animations doivent être annulées faute d’inscriptions. Les mêmes bénévoles se retrouvent année après année pour organiser les activités, préparer la cabane ou animer les manifestations. Sans jamais perdre leur enthousiasme, ils commencent pourtant à ressentir une certaine fatigue.

Cette période est racontée, je trouve, avec beaucoup de sincérité dans les archives du club. Les rapports du président — moi, en l’occurrence — montrent les difficultés de cette époque et témoignent d’une volonté permanente de se remettre en question, de chercher de nouvelles idées et d’adapter le fonctionnement de l’association à une société qui évolue. Les procès-verbaux évoquent des discussions franches sur l’avenir du club, sur la nécessité de moderniser les moyens de communication, de simplifier le programme des activités ou encore de repenser la manière de rassembler les membres.

L’année 2007 marque probablement le moment le plus symbolique de cette réflexion, après un appel du président. Lors de l’assemblée générale, chacun prend la parole. Les membres constatent que le club vieillit, que les habitudes changent et qu’il devient plus difficile d’attirer de nouveaux passionnés. Même l’idée d’une dissolution est brièvement évoquée — signe d’un comité qui refuse de laisser les choses s’éteindre sans réagir.

Puis une phrase, prononcée presque simplement au cours des discussions mais consignée au procès-verbal, résume à elle seule ce que représente réellement le Windsurf Club de Rolle. Philippe Chambaz, qui nous a malheureusement quittés, fut longtemps responsable de la cabane et une figure incontournable de l’association.

Le club possède une richesse exceptionnelle : cette cabane qui rassemble les membres depuis tant d’années. Il serait vraiment dommage de la perdre.

Philippe Chambaz — assemblée générale 2007

Avec le recul, cette intervention apparaît presque comme un tournant. Car derrière ces quelques mots, chacun comprend que le véritable patrimoine du club n’est pas constitué de planches, de voiles ou de râteliers. Le patrimoine du WCR, ce sont les liens qui se sont créés autour de cet endroit. Cette prise de conscience va profondément influencer les années suivantes.

Plutôt que de vouloir absolument maintenir un programme d’activités très chargé, le comité choisit progressivement de privilégier ce qui fait l’essence même du club : préserver un lieu où les passionnés puissent continuer à se retrouver librement, quelles que soient leurs pratiques ou leur niveau.

07

Une nouvelle génération de glisse

Au fil des décennies, le Windsurf Club de Rolle a évolué avec son époque. C’est probablement l’une des raisons qui expliquent sa longévité. Bien des associations disparaissent parce qu’elles s’accrochent à leur passé ; j’espère que le WCR, lui, regardera l’avenir avec curiosité, sans jamais renier son histoire.

Au début, il y avait bien sûr la planche à voile. Elle occupait toute la plage et faisait rêver une génération entière de passionnés. Puis les années ont passé. Le matériel est devenu plus léger, plus rapide et plus performant. Les disciplines se sont multipliées : le funboard est arrivé, suivi du slalom, de la race, du waveriding, du freestyle, du kitesurf, du stand up paddle, avant que le foil puis le wingfoil ne viennent, à leur tour, révolutionner les sports de glisse.

Ces évolutions auraient pu diviser les pratiquants, ou conduire chacun à défendre sa discipline préférée. Heureusement, le Windsurf Club de Rolle a préféré accueillir ces nouveautés avec enthousiasme. Après tout, les membres partageaient depuis toujours la même passion : celle du vent, de l’eau et de la glisse. Peu importait finalement le support utilisé pour ressentir ces sensations si particulières que seul le Léman sait parfois offrir.

Les archives les plus récentes témoignent de cette ouverture. En 2018, plusieurs membres mettent spontanément leurs foils personnels à disposition des autres afin que chacun puisse découvrir cette nouvelle pratique. Ce geste, qui peut paraître anodin, résume pourtant à merveille l’esprit du club. Comme aux premiers jours de la planche à voile, lorsque les véliplanchistes des débuts prêtaient volontiers une voile ou une planche à un débutant, l’envie de partage est toujours restée.

Aujourd’hui, il n’y a plus personne à la cabane les jours sans vent. Mais dès que le vent se lève, il suffit de s’installer quelques instants devant la cabane pour mesurer le chemin parcouru. Les silhouettes qui évoluent sur le lac sont bien différentes de celles des années 1980 : une aile de wingfoil croise parfois un paddle, tandis qu’un rare véliplanchiste profite encore d’une belle journée de bise. Les équipements ont changé, les techniques se sont perfectionnées et les performances sont devenues impressionnantes. Pourtant, lorsque les pratiquants reviennent sur la plage, les scènes semblent étrangement familières.

On pose son matériel, on échange quelques conseils, on compare les sensations du jour ou l’on découvre avec curiosité la dernière innovation. Les conversations quittent aussi parfois le domaine du sport pour revenir aux sujets de la vie : les projets personnels, la famille ou les prochaines sorties.

En observant cette scène, on comprend que le Windsurf Club de Rolle n’a jamais été défini par une discipline particulière. Son identité — ou sa non-identité, selon le regard que l’on porte — s’est toujours construite autour des personnes qui le composent. Les supports changent, les générations se succèdent, mais le plaisir de partager une passion commune demeure étonnamment intact.

Peut-être est-ce là le plus bel héritage des fondateurs : avoir créé un club capable d’évoluer sans s’éloigner de son âme originelle.

08

Le vent continue de souffler

Il est toujours tentant, lorsqu’une association célèbre un anniversaire, de résumer son histoire par une succession de dates, de présidents ou d’événements marquants. Pourtant, en refermant les archives du Windsurf Club de Rolle, une tout autre impression s’impose.

Ce que racontent réellement ces quarante années, ce ne sont pas seulement des régates, des sorties ou des assemblées générales. Elles racontent avant tout une aventure profondément humaine.

Pendant quatre décennies, des femmes et des hommes très différents se sont retrouvés au même endroit, animés par une passion commune. Certains sont restés quelques mois ou quelques années, d’autres toute une vie. Plusieurs ont assumé des responsabilités au sein du comité, d’autres ont préféré simplement profiter de l’endroit. Tous, à leur manière, ont contribué à écrire une partie de cette histoire.

Le club a naturellement connu des périodes d’enthousiasme où les projets semblaient se succéder sans effort. Il a également traversé des moments plus délicats, lorsque les habitudes de vie évoluaient, que les membres disposaient de moins de temps et que les bénévoles se faisaient plus rares. Sans bruit, le club a continué à faire vivre les sports de glisse et cet esprit de convivialité qui le caractérise depuis ses origines.

Aujourd’hui, une nouvelle génération de bénévoles a choisi d’organiser les quarante ans du Windsurf Club de Rolle. Cette fête est un moment convivial pour tous les membres actuels, mais elle rend aussi hommage à toutes celles et tous ceux qui, depuis 1986, ont participé à la vie de ce club.

Ce qui compte, c’est que l’esprit de la glisse et de l’amitié souffle toujours sur la plage de Rolle — avec la même discrétion et la même fidélité que la bise qui, depuis quarante ans, gonfle les voiles des passionnés du Windsurf Club de Rolle.

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Samedi 29 août 2026, dès 14h, à la cabane

Quarante ans, ça se fête sur le même bout de plage : animations sur l’eau l’après-midi, chili con / sin carne le soir, et concert de Rosewood & Cédric Aeberli. Avec Le Ponton, base nautique de Nyon.